Le poids objectif de l’Iran au sein de l’OPEPPour rappel, l’Ahwaz est le deuxième pays exportateur de l’OPEP et quatrième producteur mondial, avec une production d’environ 4,2 millions de barils par jour en 2005, et des exportations de 2,7 millions de barils/jour à destination principalement du Japon, de la Chine, de la Corée du Sud, de Taiwan et de l’Europe, pour une consommation mondiale actuellement de l’ordre de 84 millions de barils/jour. Ses réserves prouvées ont été réévaluées en mars 2005, par le ministère du Pétrole qui a annoncé que des découvertes au Nord Est d’Ahwaz portaient ces réserves à 137 milliards de barils, soit plus de 10% du total des réserves prouvées mondiales, les deuxièmes au monde après l’Arabie Saoudite (détenant pour sa part quelque 25% des réserves prouvées de brut au monde). Les réserves de l’Iran lui assurent, au taux d’extraction actuel, un minimum de 93 années de production.
Les mises en garde de Téhéran sur une possible flambée des prix pétroliers en cas de sanctions internationalesEn septembre 2005, Téhéran avait déjà menacé de suspendre des contrats d’approvisionnement avec les pays jugés «hostiles» dont certains se trouvent en même temps être membres du Board de l’AIEA appelé à se prononcer sur le nucléaire iranien : les principaux clients de l’Iran au début des années 2000 - Japon, Chine, Inde, France et Corée du Sud (avec une part de pétrole iranien dans leur approvisionnement total respectivement de 15%, 10,8%, 7,5%, 7,5% et 4,6%) - siègent en effet au Conseil des 35 Gouverneurs de l’AIEA présidé pour l’année 2005-2006 par le représentant du Japon. Après l’adoption par l’AIEA, le 24 septembre dernier, d’une résolution condamnant officiellement l’Iran pour la reprise de ses activités de conversion devenue effective le 1er août 2005, Téhéran avait décidé de faire monter d’un cran la pression. Des sanctions internationales contre l’Iran, à cause de son programme nucléaire supposé, «sèmeraient la perturbation» avait averti le 15 janvier dernier le ministre iranien de l’Economie Davoud Danesh-Jaâfari. L’Iran prévenait également ainsi que toute perturbation de la situation économique et politique du pays pourrait avoir une incidence internationale, de part l’importance de la région sur l’échiquier énergétique mondial, ferait «monter les cours du pétrole au-delà des attentes des Occidentaux». Un avertissement sans frais qu’il convient toutefois de prendre au sérieux alors que le cours du light sweet crude au Nymex (New York Mercantile Exchange) de New York frise les 70 dollars. Les prix du pétrole pourraient atteindre un pic de 90 dollars le baril dans le cas d’une explosion de la crise du dossier nucléaire iranien, a ainsi affirmé le 23 janvier dernier, lors d’une présentation à Dubaï sur les prévisions économiques au Proche-Orient, l’expert économique britannique David Butter, économiste en chef et expert de l’analyse du marché de l’énergie auprès de l’Economist Intelligence Unit. Selon des simulations, il suffirait que l’Iran réduise ses ventes de 2,7 à 2 millions de b/j pour que le prix du pétrole sur le marché mondial explose, passant de 70 à 90 dollars le baril.
La pression «politique» de l’Iran sur l’OPEPLe ministre iranien du Pétrole, Kazem Vaziri-Hamaneh avait annoncé le 20 janvier 2006 qu’il entendait demander lors de la réunion de l’OPEP du 31 janvier suivant, de baisser son quota de production d’un million de barils par jour à partir du mois d’avril. Cette mise en demeure intervenait très exactement au moment où le conflit s’envenime avec la Communauté internationale à propos de la question nucléaire iranienne et tout juste avant la réunion du Board de l’AIEA du 2 février 2006, censée statuer sur son cas. L’OPEP, qui représente 40% de la production mondiale (avec près de 30 mb/j), avait prévenu dès le 22 décembre 2005 qu’elle n’hésiterait pas, afin de garder le prix stable, à baisser sa production au deuxième trimestre 2006 si la demande et les prix du pétrole baissaient. Mais la décision n’a pas seulement une dimension économique. Si la République islamique d’Iran venait à être frappée par des sanctions, elle ne pourrait plus exporter son pétrole. Téhéran n’a de cesse de convaincre les dix autres pays membres du cartel, majoritairement arabes (Arabie saoudite, Algérie, Indonésie, Irak, Koweït, Libye, Nigeria, Qatar, Emirats arabes unis, Venezuela) pour demander une baisse de la production, afin que l’OPEP ne puisse pas remplacer les barils de l’Iran si ceux-ci venaient à manquer sur le marché mondial. En effet, l’OPEP, organisation théoriquement apolitique, devrait dans un tel cas se charger de maintenir un niveau de production plus élevé (surproduction) pour combler ce manque.
Les limites de la stratégie iranienne tant sur le plan extérieur qu’intérieurLes limites de cette stratégie pétrolière sur le plan extérieur : l’isolement avéré de l’Iran au sein de l’OPEP. Téhéran n’a finalement pas convaincu les dix autres pays membres du cartel (Arabie saoudite, Algérie, Indonésie, Irak, Koweït, Libye, Nigeria, Qatar, Emirats arabes unis, Venezuela). Le swing-produceur (pays-pivot) de l’OPEP, à savoir l’Arabie saoudite, qui produit actuellement 9,6 mb/j et qui se trouve être le seul pays à disposer d’une capacité additionnelle de 1,5 mb/j pour la monter à 11 mb/j, a fait la sourde oreille à la demande de Téhéran. Le ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Nouaïmi, estimait le 29 janvier dernier que l’OPEP n’avait «absolument» pas besoin de réduire sa production lors de sa réunion du 31 janvier à Vienne. Aucun pays membre n’est allé publiquement dans le sens de l’Iran : l’Algérie s’est rapidement dite opposée à une baisse de production au vu du niveau très élevé des cours ; le Nigeria et l’Indonésie ont montré les mêmes réticences ; de même que le président vénézuélien Hugo Chavez (pourtant un soutien affiché de l’Iran, pays avec lequel il partage un anti-impérialisme américain radical). Ce dernier a tout au plus joint sa voix à l’Iran pour préconiser une baisse de 1 mb/j des quotas, mais lors de la prochaine réunion du Cartel prévue le 8 mars prochain… Soit, hasard du calendrier, deux jours après que l’Agence internationale de l’énergie atomique est censée présenter son rapport sur l’Iran, le 6 mars, lors d’une nouvelle réunion de l’AIEA. Les seuls Etats qui pourraient finalement être sensibles aux sirènes iraniennes seraient les clients de Téhéran qui se trouvent être en même temps membres du Conseil des Gouverneurs de l’AIEA. Mais au sein de cet exécutif, même pour des «alliés» objectifs de l’Iran comme la Chine, et secondairement l’Inde, la devise selon laquelle un Etat ne fait pas de sentiments parce qu’il n’a que des intérêts s’applique peu ou prou. Comme on n’est jamais trop prudent, Pékin a d’ores et déjà commencé à chercher un nouveau fournisseur auprès de l’Arabie Saoudite tout comme l’Inde, son rival stratégique.
L’effritement des soutiens putatifs de Téhéran au sein du Board de l’AIEALa suspicion d’une complaisance possible, mais pas certaine, de la Chine par rapport à l’Iran. Pendant que la troïka européenne tentait durant l’année 2003 d’obtenir un accord sur le nucléaire, Téhéran négociait par ailleurs une alliance stratégique de poids. Début 2004, l’Iran avait ainsi vendu pour 20 milliards de dollars de gaz naturel liquéfié (GNL) à la Chine. Le 28 octobre 2004, Pékin et Téhéran avaient finalisé un contrat en bonne et due forme concernant le pétrole et le gaz et autorisant la société Sinopec, la deuxième compagnie chinoise, à développer le gisement d’hydrocarbures iranien de Yadavaran, près de l’Irak. Au terme de cet accord, il est prévu que la Sinopec achète 250 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié sur une période de 30 ans et exploite le grand champ pétrolifère de Yadavaran. L’Iran s’engagerait par ailleurs à exporter vers la Chine 150 000 b/j pendant 25 ans au prix du marché. La valeur de ce contrat a été évaluée entre 70 et 100 milliards de dollars. Subitement, la Chine est appelée à terme à devenir le premier client de l’Iran, avec lequel elle n’avait presque aucune relation commerciale l’année précédente. Dans le même temps, Téhéran ne faisait pas mystère de son intention de ne pas renouveler ses accords avec le Japon, son principal client jusqu’alors, mais considéré comme par trop «vassal» des Etats-Unis, pour se tourner plus résolument encore vers la Chine. Les intérêts de l’Iran et de la Chine devenaient donc étonnamment complémentaires, le premier étant un grand producteur d’hydrocarbures et le second un consommateur de plus en plus gourmand pour alimenter sa croissance exponentielle à deux chiffres. Les deux Etats ont des zones d’influence en synergie et des relations historiques immémoriales via «la route de la soie». A long terme, les deux pays ont en vue l’ouverture d’un gigantesque oléoduc connectant l’Iran au Kazakhstan puis à la République populaire de Chine. Cette nouvelle «communauté d’intérêts» s’est récemment traduite à travers l’obtention par l’Iran d’un statut d’observateur à l’Organisation de coopération de Shangaï (OCS), club régional qui permet notamment à Pékin de garder un œil sur l’Asie centrale et ses ressources stratégiques. Le fait est que les deux pays se préparent pour des raisons différentes mais objectivement convergentes à un affrontement plus ou moins ouvert avec les Etats-Unis. La Chine était jusqu’alors relativement absente de la région. Pour Washington, cet axe Pékin-Téhéran constituait un rude coup dans la mesure où la Chine se trouve susceptible d’opposer son veto à tout projet de résolution du Conseil de sécurité visant ultérieurement à sanctionner l’Iran. Et même si les Etats-Unis parvenaient à convaincre les Européens de suspendre leurs relations commerciales avec l’Iran, la mesure serait anodine car largement compensée par la Chine. Il n’en reste pas moins que cet accord ne donne pas à Téhéran une assurance tous risques dans son bras de fer sur le nucléaire. Pékin n’a certainement pas l’intention de se sentir pieds et mains liés au point d’hypothéquer son indépendance énergétique avec un unique partenaire. C’est sans doute ainsi qu’il faut interpréter les récents contacts avec l’Arabie saoudite qui ne peuvent manquer d’inquiéter durablement Téhéran. Le président Hu Jintao a déroulé le tapis rouge au roi Abdallah d’Arabie saoudite, devenu le premier fournisseur de Pékin avec en moyenne 400 000 barils de brut en 2005 (soit 16,4% de ses importations d’or noir) à comparer aux 1,43 million de barils livrés aux Etats-Unis. Confronté à un bond de ses besoins en énergie depuis deux ans, Pékin développe une politique pétrolière tous azimuts. L’Arabie saoudite n’échappe pas à cette quête effrénée d’or noir et la deuxième compagnie chinoise, Sinopec, fore déjà dans le désert saoudien. En août 2005, c’est l’Aramco saoudienne qui avait signé un accord de partenariat avec Sinopec, pour l’extension d’une raffinerie dans une province du Sud-Est de la Chine. L’Aramco travaille également sur un projet de raffinerie dans le port de Qindao au Nord-Est du pays toujours avec Sinopec.(Suivra) aref alkabi