lundi, mai 21, 2007

parti democratique ahwazi

L’Ahwaz, vous connaissez ? Pas tellement, n’est-ce pas ? L’Ahwaz (1), on n’en parle pas beaucoup. Je veux dire que les Arabes n’en parlent pas beaucoup, sauf lorsqu’ils sont essoufflés d’avoir glorifié Ben Laden et coulé toute la flotte judéo-chrétienne avec des missiles lancés des minbars. Il est vrai que c’est un exercice périlleux, pour un Arabe, de dénoncer l’oppression iranienne en Ahwaz, enclave arabe en territoire iranien.Comment dénoncer l’étouffement des libertés lorsque son propre talon écrase la jugulaire du copte ou du chaldéen du coin ? C’est pourquoi vous ne verrez pas sur Al-Jazira beaucoup d’images sur l’Ahwaz. Ce n’est pas dans la ligne sur laquelle slalome avec bonheur le toujours vert cheikh Karadhaoui (2). Il est donc normal que les Arabes, d’ici et d’ailleurs, n’insistent pas trop sur la situation faite aux gens de l’Ahwaz. D’aucuns pourraient leur retourner le compliment en leur disant : «Mais que faites-vous avec vos minorités ?» Comme je suis très peu chameau et que je ne vois pas des bosses partout, voici les dernières nouvelles de l’Ahwaz : l’organisation des droits de l’homme de l’Ahwaz a envoyé samedi dernier un message urgent aux instances internationales pour les alerter sur la détérioration de l’état de santé du journaliste ahwazi, Hassan Filahia, détenu à Téhéran. Dans un communiqué, publié hier par le magazine Elaph, l’organisation indique que le journaliste souffre d’anémie et de problèmes cardiaques. Elle accuse les autorités iraniennes de ne pas prodiguer les soins nécessaires au détenu du «Bloc 209» de la prison d’Evin à Téhéran. La direction de la prison refuse même de faire parvenir à Hassan Filahia les médicaments envoyés par sa propre famille. On sait également que les organisations arabes de l’Ahwaz ont récemment dénoncé le peu d’empressement des autorités à procéder au déminage des régions frontalières de l’Ahwaz. Des zones entières minées durant la guerre irano-irakienne sont inaccessibles et souvent mortelles pour ceux qui s’y aventurent. On rappellera aussi la bévue monumentale du prix Nobel de la paix iranien, Shirine Abadi, qui a omis de citer l’Ahwaz dans son rapport annuel sur les violations des droits de l’homme en Iran. Comme quoi, le fait d’être une minorité, en tant que femme et en tant qu’avocate de droits humains, ne prémunit pas nécessairement contre certaines crises d’amnésie. Que voulez-vous ? Il y a des minorités qui sont plus minoritaires que d’autres. Une jeune fille du Kurdistan en a fait le mois dernier la mortelle expérience. Membre de la communauté yazidite (3), et surtout femme, elle a été lapidée à mort par des membres de son clan. Chef d’accusation de cette exécution sommaire : on l’avait vue en tendre compagnie avec un jeune homme sunnite. Du coup, on lui a prêté l’intention de se convertir au sunnisme, ce qui est puni de mort dans le code du yazidisme. Plus dramatique, pour l’instant, est la situation des coptes d’Egypte. Le scénario est souvent identique : une rumeur affirme que les coptes se préparent à construire une église. Comme s’ils n’attendaient que ça, les musulmans nouveaux se déchaînent contre leurs concitoyens chrétiens. Vendredi dernier, après un prêche virulent de l’imam du village de Bahma, au sud du Caire, les «fidèles» ont brûlé plusieurs maisons et blessé une dizaine de chrétiens. Comme d’habitude, les policiers égyptiens ont arrêté une soixantaine de musulmans qui ont pris part aux incidents. Les autorités ont confirmé que c’est l’imam de la mosquée qui a incité les gens à agir ainsi. Des tracts incendiaires ont été également distribués à la sortie de la mosquée appelant à se protéger contre l’expansionnisme chrétien (4). Notre confrère Nabil Charef Eddine relève dans Elaph que ces incidents sont devenus monnaie courante depuis quelques années. Ils ont souvent à l’origine une rumeur vite démentie par la suite des évènements. Quant aux autorités, elles se contentent de mettre fin aux incidents, d’arrêter quelques personnes, en attendant la prochaine flambée. En niant l’existence d’un problème communautaire et en réagissant par des mesures policières, le gouvernement ne fait qu’aggraver l’inquiétude des coptes, note notre confrère. Cette inquiétude est d’autant plus fondée qu’elle est alimentée par la montée de l’extrémisme islamiste qui exploite le moindre prétexte pour allumer l’incendie. Il faut qu’on admette une fois pour toutes, ajoute-t-il, que les coptes sont le limon de ce pays, dont ils sont les plus anciens habitants. Ils ont réussi à maintenir leur existence durant des milliers d’années et nul n’acceptera, à commencer par les musulmans sages, l’idée de leur disparition. Considérer, enfin, que ce problème est interne à l’Egypte et rejeter toute ingérence étrangère, c’est faire preuve d’aveuglement, conclut Nabil Charef Eddine. Une autre fièvre extrémiste s’est emparée ces derniers temps du paisible Koweït. Ce sont encore les députés salafistes au Parlement qui se distinguent. L’occasion leur a été fournie par le salon du livre islamique qui s’est tenu le mois dernier à Koweït. Or, les autorités ont interdit la participation de deux livres écrits par les cheïkhs saoudiens Ibn Al-Baz et Ibn Al- Otheimine. Ce qui est déjà une sensation dans ce pays où les intégristes constituent une force appréciable au Parlement. Paradoxalement, les députés fondamentalistes s’en sont pris au seul ministre des Affaires religieuses alors que le ministre de l’Enseignement est également partie prenante. En fait, nous explique notre confrère Fakher Soltane, le courant salafiste s’attaque au ministre des Affaires religieuses, Abdallah Al- Maatouk, pour une seule raison : il les a exclus de la gestion du fonds des waqfs. Depuis son arrivée à la tête du ministère, Al-Maatouk, qui est considéré comme un commis de l’Etat sans appartenance politique, a entrepris d’assainir la gestion des biens waqfs. Il s’est attaché notamment à les mettre à l’abri des convoitises des partis politiques. Le fonds représente, en effet, un pactole de 9 milliards de dollars et les Koweïtiens l’appellent «la poule aux œufs d’or». Ce qui représente une perte énorme pour les salafistes ainsi privés d’une rente considérable. A chacun sa «poule aux œufs d’or». Il paraît que cette variété existe aussi chez nous et qu’elle est très courue. C’est ce jeudi, m’a-t-on dit, que sera donné le signal de la ruée vers ce poulailler aurifère. A. H. (1) Afin que nul ne se méprenne, le «h» de Ahwaz est une glottale fricative dans l’alphabet arabe. Il se prononce donc comme la 26ème lettre de cet alphabet, ce qui n’est pas le cas de la première lettre de mon nom. (2) Je ne comprends pas ces éruptions quasi spontanées contre la chaîne qatarie alors que son vrai patron, Karadhaoui, est accueilli chez nous comme un cadeau de la providence. (3) Considérés comme des hérétiques par les sunnites et donc souvent réprimés. Ils ne croient pas en la damnation mais en la réincarnation selon les mérites. Ce qui ne les empêche pas d’être aussi intolérants, sinon plus, que les autres. (4) Il faut au moins une dizaine d’autorisations pour faire simplement des travaux d’aménagement d’un lieu de culte copte. De là à construire de nouveaux édifices… Et dire qu’il y a des naïfs qui revendiquent le droit de construire des mosquées en terre chrétienne.

par ahmad