Les Arabes iraniens sont essentiellement implantés dans les
provinces frontalières, stratégiques et pétrolifères du Khouzestan
(face à l’Irak et au Koweït), du Bushehr (face à l’Arabie
saoudite) et du Hormozgan (face aux Émirats arabes unis et à Oman).
La majorité d’entre eux vivent dans la moitié sud de la province du
Khouzestan, une région que les Arabes appellent Ahwaz (du nom
arabe de sa capitale Ahvaz). L’implantation arabe dans cette région
sensible remonte aux débuts de l’ère musulmane et s’est particulièrement
intensifiée à partir du XVIe siècle, avec l’afflux de tribus bédouines
originaires de la région irakienne de Bassorah et de la principauté du
Koweït. Longtemps, le Khouzestan a bénéficié d’une large autonomie
et son caractère majoritairement arabophone lui a valu d’être nommé
par les autorités persanes Arabistan («pays des Arabes»). En 1936, la
nouvelle monarchie persane des Pahlavis a imposé de rebaptiser la
région Khouzestan.
En 1979, le renversement de la dynastie impériale des Pahlavis par une
large coalition d’opposants nationalistes, communistes et religieux s’est
soldé par la victoire des révolutionnaires religieux et l’instauration de
la République islamique. Sans être jamais intégrés au système politique
turco-persan, les Arabes du Golfe persique ne furent pour autant
jamais inquiétés. L’invasion de l’Iran par
l’Irak baasiste de Saddam Hussein en
septembre 1980 a dramatiquement changé
la donne. Si la dictature nationaliste
irakienne espérait profiter de l’instabilité
de l’Iran pour s’acquérir les faveurs de la
majorité arabe (et chiite) du Khouzestan et revendiquer l’annexion du
littoral iranien, la majorité des Arabes iraniens resta loyale. Mais l’invasion
irakienne suffit néanmoins à susciter l’appréhension de l’Iran
quant à l’existence d’une «cinquième colonne», appréhension accentuée
par la prise en otage, en 1980, du personnel diplomatique de l’ambassade
d’Iran à Téhéran par des sécessionnistes.
L’invasion de l’Iran par l’Irak n’a pas seulement semé le trouble dans
les relations entre la périphérie arabe et le pouvoir central. Elle a
aussi et surtout dévasté toute la province du Khouzestan, théâtre de
bombardements intensifs irakiens à l’arme conventionnelle et
chimique, ainsi que de combats d’infanterie qui ont laissé sur le
carreau des centaines de milliers de cadavres. Ce conflit de huit ans a
détruit la plupart des infrastructures civiles et pétrolières de Khorramshahr
et Abadan et plongé la région dans une longue récession dont elle
commence à peine à sortir.
En 2003, le renversement du régime baasiste de Saddam Hussein par
la coalition américano-britannique et l’accession au pouvoir de la
majorité arabe chiite d’Irak n’a pas seulement permis au régime
iranien de se réintroduire dans le jeu politique irakien. Il a également
fait émerger des revendications nationalistes et culturelles de la part
des Arabes chiites d’Iran, d’autant que les indices se multiplient quant
à l’existence d’une politique officieuse de «désarabisation» du Khouzestan.
Cette désarabisation devait se faire par l’encouragement des
Arabes à «se disperser» dans la ville d’Ahvaz et ailleurs en Iran, ainsi que
par l’afflux d’immigrants intérieurs d’origine persane et turque. Le
motif officieux serait le développement de projets pétroliers et agricoles,
projets nécessitant de vastes expropriations (on parle de
170 000 hectares déjà transférés).
En avril 2005, en pleine campagne pour l’élection présidentielle,
émeutes et attentats se sont alors multipliés. La réaction des autorités
iraniennes a été féroce et brutale. Selon les informations
recueillies par Amnesty, plus de 500 civils (hommes, femmes et enfants)
auraient ainsi été incarcérés, tandis que certains d’entre eux auraient
purement et simplement été pris en otages pour obliger certains
«meneurs» arabes à se rendre aux forces de police. Dans un contexte où
les relations entre le régime iranien et la coalition américano-britannique
présente à ses frontières se sont en outre tendues à l’extrême sur
le dossier du nucléaire, la situation politique et humanitaire du Khouzestan
devrait s’en ressentir.