Sur un plan géostratégique, l'Irak qui, face au monde perse borde le monde arabe, a toujours constitué le couloir des pénétrations asiatiques. Dans cette zone de conflits de civilisations, les ethnies souvent instrumentalisées s'entremêlent. Ainsi, au nord, les Kurdes chevauchent la frontière irano-irakienne et au sud, les Arabes forment à l'Est du Chatt en Arab la population de l'Arabistan, appelé Khouzistan par les Iraniens.
Cet antagonisme séculaire se manifeste lors de la conquête arabe au 7ème siècle, symbolisé par la bataille de Qasidiya en 637 qui voit la victoire des Arabes sur les Perses sassinides qu'ils rejettent en dehors de la Mésopotamie. Si les Ottomans parviennent ensuite à assurer une certaine stabilité à cette région, le dislocation de leur empire relance la question frontalière. En 1913, un accord fixe la frontière sur la ligne de thalweg du Chatt el Arab ; celui-ci sera confirmé après la guerre, notamment par un accord de 1937, mais sera remise plusieurs fois en question.
Le proclamation de la république en Irak en 1958 entraîne une dégradation des relations avec Téhéran, hostile au Baas laïc et progressiste. En 1969, le Shah d'Iran dénonce l'accord de 1937 puis fait occuper les îles Abou Tomb et Moussa qui appartiennent aux Emirats arabes unis et qui contrôlent le débouché du Golfe arabo-persique. La réponse de Bagdad ne se fait pas attendre. Les relations diplomatiques avec l'Iran sont rompues mais en représailles, le shah instrumentalise la dissidence du chef kurde Barzani qui opère sur le territoire irakien. A Bagdad, le pouvoir central se retrouve vite en posture délicate et le 6 mars 1975 à Alger, il signe un accord avec l'Iran pour une démarcation définitive des frontières, moyennant la cessation de toute infiltration subversive sur le sol irakien.
Si en Iran la proclamation d'une République islamique à l'idéologie anti-impérialiste n'est pas pour déplaire à Saddam Hussein, celui-ci va reprendre à son compte la thématique traditionnelle de la Mésopotamie, barrage arabe contre les visées perses sur le Golfe et sa région. En l'occurrence, il s'agit de protéger les pétro-monarchies conservatrices de la contagion de la révolution islamique que les services de renseignements irakiens grossissent exagérément. Simultanément et forte de sa victoire, l'Irak deviendra le chef de file de la nation arabe et assurera sa cohésion dans la lutte contre Israël.
Considérant que la révolution a affaibli l'Etat iranien et désorganisé son armée, Saddam Hussein lance une offensive diplomatique le 30 novembre 1979 en demandant la révision des accords d'Alger. Téhéran oppose une fin de non recevoir. Bagdad dénonce alors unilatéralement l'accord puis rompt ses relations diplomatiques avec l'Iran en mars 1980. Dans le sud de l'Irak dominé par les chiites, les tensions se sont accrues tandis que des incidents, tel l'attentat manqué contre Tarek Aziz le 1er avril, font figure de provocation. A son habitude, Saddam Hussein va alors prendre les devants et lancer une offensive militaire massive le 22 septembre 1980.